ANECDOTES

Voici quelques anecdotes qui ont jalonné ma vie de cavalier.

 

La fin d'Azurbain.

Cette histoire, qui m'a doublement marqué, s'est déroulée au début de mon apprentissage de cavalier.
J'étais alors en formation d'Accompagnateur dans un beau centre de tourisme équestre situé au cœur de la forêt landaise.
Chaque année pendant les vacances d'été, un club hippique universitaire mettait ses chevaux au vert chez nous. Parmi eux était Azurbain, un alezan anglo-arabe formé pour le concours complet.
Ces chevaux étaient en pension au pair et donc utilisés dans les activités du centre.
Je me trouvais ce jour-là sur Azurbain pour un entraînement de horse-ball. Alors au galop je me suis penché en arrière pour réceptionner le ballon. Mais arrivé à la lisse de la carrière Azurbain à sauté. Déséquilibré, j'ai chuté mais mon pied est resté coincé dans l'étrier. J'utilisai une selle d'arme dépourvue de porte-étrivières de sécurité et je fus ainsi traîné sur une dizaine de mètres avant que par bonheur mon pied ne sorte de la botte.
Il faut savoir que lorsque une telle chute survient, les choses ne se passent pas comme dans les films où le cavalier est traîné derrière sa monture. Dans la réalité on se retrouve rabattu sous le cheval, à la merci des coups de sabots ! Je m'en suis sorti avec quelques bleus et une belle frayeur.
Je pense qu'Azurbain, en bon cheval de complet, n'a pas fait la différence entre la barrière en bois brut de la carrière et un obstacle de parcours de cross, il est resté assez calme tout le temps et a sans doute essayé de m'éviter avec ses pieds lorsque je me trouvais sous lui.
Quelques jours plus tard, Azurbain a participé à une promenade, mais je montais un autre cheval. Nous étions en pleine forêt et lors d'un passage de fossé au pas,  Azurbain à glissé des postérieurs; lui et sa cavalière ont chuté. La cavalière s'est relevée mais Azurbain lui est resté au sol, ou plutôt, il n'arrivait plus à se relever malgré des efforts désespérés.
Je suis rentré très vite au club pour appeler un vétérinaire (pas de portables à cette époque).
Quand nous sommes revenus ensemble sur place à peu près deux heures plus tard, la situation n'avait pas changé. Azurbain était couché, on lui avait retiré la selle et on l'avait couvert. Quelqu'un lui maintenait l'encolure au sol pour qu'il ne s'épuise plus en tentant de se relever. La nuit commençait à tomber. Après examen, le vétérinaire à confirmé ce que nous pressentions tous : une grave lésion de la colonne vertébrale paralysait l'arrière-main d'Azurbain.
Nous avons alors organisé une sorte de camp de fortune autour du lui. Les cavaliers sont rentrés au club avec les autres chevaux, puis sont revenus en voiture puis à pied, apportant lampes, café et vêtements.
Malgré le calmant administré par le vétérinaire, Azurbain essayait toujours de se relever de temps à autres et nous nous relayions à son encolure. On devinait dans son regard à la fois l'anxiété et l'incompréhension.
Personne ne voyait d'issue à cette situation. Il était intransportable, sa lésion sans doute irréversible... Après minuit la situation était inchangée. J'étais agenouillé près de la tête d'Azurbain posée sur une couverture pliée, une main sur son encolure. Il avait transpiré et son corps fumait littéralement à la lumière des lampes. Puis il a fait une autre tentative pour se relever avec une grande énergie, je me suis carrément couché sur lui, puis à nouveau il s'est calmé. J'ai alors ressenti qu'il se relaxait complètement, il a pris une grande inspiration puis a expiré très longuement... pour la dernière fois.
Son cœur avait lâché, comme on dit.
La suite est un sentiment qui m'appartient, mais je sais que beaucoup de cavaliers ont vécu un jour où l'autre une situation de ce genre et qu'ils comprennent.

Embarqué avec Vulcain.

Alors jeune débutant, j'avais déjà entendu des histoires de chevaux emballés. Je n'y croyais pas trop, n'imaginant pas un cheval capable de résister à l'action du mors.

Voici l'histoire, elle à lieu en Ariège sur la ferme équestre de mes parents située dans les collines du Plantaurel.

Nous sommes 4 ou 5 cavaliers progressant en sous-bois sur un étroit sentier "de vache" . Ce sentier, je l'ai emprunté des dizaines de fois seul et les branches très basses ne me posent pas de problèmes particuliers. Ils n'en va pas de même de mes compagnons, pestant de devoir sans cesse s'aplatir sur l'encolure, d'ailleurs Jean-Marie, le guide, à mis pied à terre, préférant marcher.

Je suis en 2e position et je monte Vulcain un petit hongre espagnol très sûr et expérimenté.

"Stop !" crie Jean-Marie.

Un fil de fer lisse barre le sentier, il est presque invisible d'autant plus qu'il est inattendu à cet endroit. Je revoie Jean-Marie, rênes autour du bras, se déplacer vers le côté pour détacher le fil enroulé autour d'un tronc. C'est alors qu'il lui échappe des mains et se détend, sifflant dans l'air. Jean-Marie ne peut empêcher la volte face de sa monture et sa fuite à contre-sens parmi nous; nos chevaux pris de panique à leur tour, lui emboîtent le pas.

Je crois que c'est le brusque demi-tour des chevaux qui à désarçonné les autres cavaliers, j'aurais sans doute suivi le même chemin si je n'avais saisi à temps la corne de ma selle américaine (les autres avaient des selles anglaises). Couché sur l'encolure du fait des branches, incapable d'utiliser mes aides, je reste ainsi plusieurs centaines de mètres avant de sortir du sous-bois et de pouvoir me relever. Je m'aperçois alors que je suis seul en selle, entraîné par les autres chevaux décidés à rejoindre au plus vite l'écurie. Vulcain, si tranquille d'ordinaire, est devenu une véritable barre de fer insensible à mes tentatives, même les plus brutales, pour l'arrêter.

Je sais ce qui m'attend et j'ai peur : le sentier débouche à angle droit sur une petite route goudronnée qui sinue ensuite pendant 2 km jusqu'à la ferme. J'appréhende à la fois le virage sur le goudron pris à pleine vitesse et la présence possible de voitures.

La chance a voulu que tout se passe bien. Les chevaux, heureusement non ferrés, ont bien négociés l'arrivée sur la route, et aucune voiture n'est passée par là à ce moment.

Mes parents et des vacanciers, présents dans la cour de la ferme, nous ont entendus arriver de loin. Les chevaux ont déboulés et se sont arrêtés net, retrouvant aussitôt leur calme.

Un véhicule est aussitôt partie récupérer les cavaliers devenus piétons malgrés eux.

Le lendemain, Vulcain qui vivait au pré, est resté pratiquement couché toute la journée, souffrant des membres!

J'éprouve toujours une peur rétrospective à ce souvenir... et j'ai vécu à nouveau cette situation quelques années plus tard à la différence que j'ai cette fois réussi à arrêter ma monture (je raconterai plus tard comment).

 

 

Gribouille

Gribouille était un poney gris de 1,30m, rondouillard ... et très malin.

Il avait appris certains exercices et en particulier celui de s'allonger complètement et de faire le mort. En selle, il suffisait de lui tapoter l'antérieur avec le pied en amenant l'encolure à l'intérieur pour qu'il entame le "coucher". Il fallait alors penser à écarter la jambe externe afin qu'elle ne reste pas coincée sous son corps.

Gribouille faisait des promenades et savait très bien qui il avait sur son dos.

Sa bonne bouille et son air paisible faisait que les gens se le disputaient avant de partir. Ah, s' ils avaient su !

D'abord Gribouille trottinait beaucoup pour suivre le train de la promenade. Il n'avait pas une foulée bien longue, mais surtout il ralentissait sans cesse pour grignoter les longues herbes ou les feuilles qui passaient à sa portée. Au bout d'un moment il partait dans un petit trot très sec pour rejoindre le groupe mettant ainsi tous les débutants au martyre.

Mais il pouvait pousser plus loin l'espièglerie en s'arrêtant carrément pour brouter s'il sentait son cavalier peu sûr de lui. Ce dernier avait beau talonner, tirer sur les rênes, hurler des" hue" et des "ya", rien n'y faisait.

Le comble se produisait parfois lorsque, de l'arrêt, le cavalier essayait de le ramener sur le bon chemin en lui tournant la tête tout en donnant force jambes : Gribouille se couchait alors et gardait le malheureux débutant prisonnier sous lui car il attendait généralement une récompense pour se relever.

Voici pourquoi l'attribution de Gribouille au départ des promenades provoquait chez certains des regards complices et des sourires entendus... mais personne ne disait mot bien sûr !

 

 

Rodéo avec Esther

C'est un reportage télévisé sur le rodéo aux USA qui a un jour, déclenché en moi l'envie irrésistible d'aborder l'équitation de façon... plutôt primaire.

J'étais alors très jeune (13 ans peut-être) et débutant en équitation. Une chose me travaillait : je n'étais pas encore tombé. Mais je ne considérais pas la chute de cheval comme "très honorable" ; j'éprouvais par anticipation un sentiment désagréable de peur et de curiosité pour cette expérience encore inconnue.

De voir à la télé ces cowboys devenir des héros malgré la chute m'a procuré assez de courage pour cette découverte à sensation.

Nous avions un troupeau de poulinières Connemaras comprenant une jument ("Esther Thunder", si seulement j'avais su l'anglais à l'époque !) de fort caractère et mon choix s'est porté sur elle comme "partenaire".
Je ne sais comment j'ai convaicu mon père de m'assister dans cette expérience, mais il l'a fait : Esther fut sortie du pré, attachée à l'anneau dans la cour de la ferme, harnachée et montée d'emblée sur place ! On me fit faire quelques pas en main : rien !
Après tout, ce résultat était inespéré, assez étonnant même, et nous avons décidés de renouveler l'expérience le lendemain.
Pour ce deuxième "montoir", un pressentiment nous a fait déplacer vers un paddock clos et herbeux.
Bien nous en a pris car la réaction d'Esther, fidèle à sa réputation, ne s'est pas faite attendre : fuite incontrôlable et sauts de moutons en série m'ont ramenés très vite sur terre, bien avant les 5 secondes nécessaires pour espérer approcher la gloire des mes héros de corral.

Avec le recul, je m'aperçois de mon inconscience et de ma bêtise.
Lorsqu'on est un débutant sans expérience, on cherche des modèles. Il n'est pas évident de savoir d'avance sur quoi on tombe... ce jour-là je l'ai su très vite : sur les fesses.

 

 

Vandale

J'étais alors en stage de formation professionnelle en Corrèze dans un établissement qui pratiquait le Concours Complet et Vandale était un Anglo-arabe alezan brûlé destiné à la formation des élèves.

A le voir, si on me l'avait offert je ne l'aurais pas pris.

Bien sûr, il était alors en préretraite et faisait "vieux cheval". Mais ce qui frappait était ses aplombs postérieurs : il était si droit-jointé qu'on l'aurait dit monté sur 4 piquets !

Une fois en selle c'était tout autre chose. C'était une monture sûre, très équilibrée et dotée d'un cÏur immense. Il était évident que Vandale avait beaucoup de métier !

Son histoire est particulière et je l'ai appris en cours de séjour. Vandale fut un cheval de Concours Complet de haut-niveau. Mais il avait subi un grave accident. Victime de sa générosité, il avait voulu passer d'un seul bon une combinaison d'obstacle et s'était retrouvé gravement éventré en chutant.

Après avoir été sauvé in-extremis il avait été reconverti en cheval école et cette activité lui était salutaire pour préserver sa santé morale et physique : malgré son accident, il avait gardé une énorme envie de sortir sur les parcours!

à suivre...