L'UNIVERS D'UN CHEVAL

Qu'il est c... ce bourrin !
Cette phrase, tout le monde l'a prononcée ou pensée.
Elle révèle l'incompréhension face à la réaction non appropriée d'un animal dans une situation particulière. Je dis bien "
réaction" et non "comportement" car le plus souvent l'encadrement humain est impliqué. (exemple : le cheval refuse d'embarquer dans un van, donc : cheval + humain(s) + véhicule...). Le terme "comportement" serait plutôt évoqué en environnement naturel.

A moins de posséder un don particulier avec les animaux, il est légitime pour l'homme de penser ainsi... les premières fois. En effet, si le problème persiste c'est tout simplement qu'on ne sait pas d'où il vient... parce qu'on ne "voit" pas d'où il vient, littéralement.
L'homme ne voit pas comme le cheval et ne traite pas non plus ce qu'il voit de la même façon !

Pour voir comme un cheval, l'homme doit savoir observer.


Pour apprendre : "F.O.M.E.C.S"
L'armée à bien développé les techniques de camouflage en milieu naturel.Pour cela elle a défini 4 paramètres majeurs sensés attirer l'oeil humain en démarquant un objet objet (ici un homme) d'un contexte (les feuillages). Ce sont : la FORME, le MOUVEMENT, l'ECLAT, la COULEUR, qui forment FO.M.E.C.
Le soldat ci-contre est assez bien camouflé mais sera très vite repéré s'il bouge ou si le métal de son arme provoque un reflet.

Pour le cheval, on peut conserver le même moyen mnémotechnique, mais en lui rajoutant les sens de l'odorat et de l'ouie. On obtient : la FORME, l'ODEUR, le MOUVEMENT, l'ECLAT, la COULEUR et le SON, donc F.O.M.E.C.S., soit 6 paramètres à mémoriser et à passer en revue si, par exemple, votre cheval refuse de traverser un cours d'eau.



Des objets sans fonction
Notre environnement est fait d'objets; par ce terme il faut entendre aussi bien un briquet... qu'une maison. On parle là d'éléments sans considération de fonction. Par contre l'objet peut posséder: une localisation, un volume, une forme, une couleur, un éclat, il peut être odorant, bouger, émettre des sons, etc. Ce sont des caractéristiques brutes auxquelles nous ne prêtons plus attention car nous les avons rassemblés en concept sous forme de mots... ce qui nous fait gagner beaucoup de temps!
Le cheval, lui, n'a pas passé cette étape, il considère son environnement de façon "brute" comme décrit plus haut.
Pour se rendre mieux compte, faisons abstraction de la vue et imaginons-nous transporté dans un monde inconnu et dans l'obscurité totale: le moindre objet serait tâté, soupesé, secoué, senti, écouté, goûté... le coeur battant !
Un cheval seul éprouve les mêmes sensations face à la nouveauté.


Un comportement naturel


Une réaction face à un objet (reflet...)


Une réaction face à un objet (couleur...)

L'instrument de musique sur le sol sera peut-être pris pour un serpent, mais le cheval sera plutôt effrayé par sa propre image mouvante se reflétant sur le métal poli. L'extincteur amènera la réaction sans doute par sa couleur rouge.

La perception du détail.
Les détails sont l'ensemble des particularités d'un objet. Le cheval peut remarquer des éléments qui nous semblent anodins ou que nous ne percevons même pas, comme une odeur particulière ou un petit élément isolé comme une trace de peinture sur le goudron. Cette faculté n'a rien à voir avec l'acuité sensorielle mais avec le cerveau qui analyse de façon plus détaillée les informations issues des sens. L'humain voit mieux que le cheval mais "remarque" moins bien que lui. Il y a aussi des différences marquées entre humains : certains sont des "visuels", ils voient tout et pensent en images; d'autres sont plus "verbaux" et pensent de façon plus abstraite ( et anthropomorphisent beaucoup). On le comprend, il vaut mieux être un "visuel" avec les animaux, on a ainsi une certaine facilité pour se "mettre à leur place".

Toutes les situations sont nouvelles.
Rappelons-le, pour le cheval, le mot, la notion "extincteur" n'existe pas. Même s'il est habitué à l'appareil accroché dans l'écurie, il pourra avoir peur à la vue d'un autre, ailleurs (ou par une borne d'incendie en randonnée par exemple). La seule chose qui pourrait le tranquilliser c'est la présence rassurante de congénères, ou de l'homme, si ce dernier ne l'a pas déjà "trahi" par le passé.

La curiosité, une aide précieuse.
A l'état sauvage le cheval est amené à découvrir par lui-même son environnement, ne serait-ce que par l'obligation de trouver de l'herbe ou à boire, c'est la nécessité (la faim, la soif) qui l'y pousse. S'il lui arrive en chemin de rencontrer un élément inhabituel (un hérisson...), il va probablement s'arrêter, l'observer, tenter de l'approcher et de le sentir, bref d'en tirer une information. Là, c'est sa curiosité qui agit.
Tous les chevaux sont curieux, mais il faut savoir que c'est un comportement d'apprentissage naturel qui n'entre en jeu qu' à partir d'un état mental de disponibilité. Inutile de faire sentir de force un objet à un cheval qui a peur, il faut qu'il soit revenu à un état de calme parfait.

Le poulain découvre par curiosité. Sa mère lui procure sa nourriture et il n'a qu'à jouer, se reposer et bien sûr explorer. Pour cela, il utilise essentiellement son sens de l'odorat, du toucher, et sa vision aussi. Le fait qu'il tâtonne de sa lèvre supérieure ne veut pas dire qu'il veut nécessairement manger, c'est aussi "sa main" à lui, son moyen d'investigation, sa façon de toucher.


La curiosité



L'odorat et l'ouie nous posent un problème
Nous pouvons avec l'expérience et l'entraînement voir tel qu'un cheval voit, mais non sentir et entendre comme lui. Il nous dépasse largement dans ces domaines et de notre incapacité découlent sans doute beaucoup de situations d'incompréhension, de malentendus. Le cheval en alerte qui refuse d'avancer peut avoir détecté une odeur ou entendu un son suspect sans que le cavalier en ait le moindre soupçon.
Face à un cas de refus inhabituel où la cause n'apparaît pas clairement, il ne sert à rien d'insister lourdement car le souvenir de cette situation de forte inquiétude où l'animal serait forcé (et non convaincu) d'agir restera gravé durablement et viendra ajouter un mobile supplémentaire de refus les fois suivantes.
Attention, face à un cas de refus où la cause est anodine pour nous (un papier brillant...) il ne faut pas non plus "passer en force". Le cheval ne se dira pas : il avait raison, j'ai eu peur pour rien ! Sa confiance envers l'homme sera aussi durablement entamée et la progression de l'éducation en sera ralentie.

Pour la vue, attention aux forts contrastes
Il faut avoir randonné la nuit pour savoir combien le cheval est à l'aise dans l'obscurité. C'est notamment vérifiable en sous-bois : votre monture progresse très sûrement... alors que vous "prenez" toutes les branches basses par la figure faute de ne pas les voir arriver.
On peut donc penser que le cheval est sensible au contraste ou que le passage de la lumière du jour à la pénombre provoque une gêne, un aveuglement passager qui peuvent le faire hésiter. Quelques exemples :

- rentrer dans un box mal éclairé
- embarquer dans un van avec le soleil de face
- marcher sur l'ombre d'une grille projetée sur le sol
- l'ombre d'une barre d'obstacle à l'abord de celui-ci
- une fenêtre qui projette la lumière sur le sol du manège
- un projecteur mal orienté
- un brusque changement de nature (et de couleur) du sol...


Pour un cheval confiant

Tous les aspects de la vie du cheval sont concernés et ont une influence sur le comportement.
Obtenir la confiance du cheval envers l'entourage est le but primordial à atteindre et à conserver.
Mais de quoi est faite la vie d'un cheval au juste ?

Principalement d'un environnement, de moments passés seul ou avec des congénères, de moments avec l'homme.
Plus précisément :

- de lieux de vie (locaux, pâtures...)
-
d'humains (intimes, proches et étrangers)
-
de matériels divers (tous les objets qui le concernent)
-
de temps de repos seul ou avec des congénères (récupération, sommeil)
-
de temps libre seul ou avec des congénères (temps vacant)
-
de temps d'activité seul ou avec des congénères (temps des repas, toilette, jeux...)
- de manipulations d'élevage (repas, entretien, soins, transports...)
-
de temps d'activité, d'astreinte avec l'homme (éducation, entraînement, compétition...)

Lieux de vie
C'est de façon "éthologique" qu'il faut concevoir l'environnement du cheval afin de lui éviter le plus possible le stress.
Pour procéder, le mieux est de faire comme si les installations étaient destinées à de jeunes chevaux sortis du pré :

- une conception solide
- une circulation aisée, des passages larges
- le moins d'angles possibles, des espaces visuels ouverts
- un bon éclairage naturel
- des sols francs
- des surfaces largement suffisantes (d'autant plus si les animaux sont en groupe)
- pas d'endroits "pièges" (cul de sac, zones étroites...)
- ne pas isoler les animaux; en box préserver au moins le contact visuel

Les humains
Toutes les personnes en interactions plus ou moins proches avec les chevaux doivent se comporter en harmonie avec les lieux :

- un personnel bien formé
- des visiteurs informés par panneaux-conseils (ex. PRÉVENEZ LE CHEVAL AVANT DE VOUS APPROCHER)
- des intervenants professionnels sélectionnés (pas de brutes!)

Le matériel
Le matériel d'élevage (de type agricole) doit être spécifique aux chevaux.
Penser à bien l'installer, à le vérifier régulièrement et à l'entretenir.
Le harchement mérite un soin tout particulier notamment pour :

- Le choix
Le commerce propose pour l'activité équestre énormément de matériel. On y trouve toute les qualités, mais aussi beaucoup de variantes d'articles supposés solutionner certains "problèmes" (trop) souvent rencontrés avec les chevaux.
La simplicité est la règle en la matière, avec toujours en vue l'objectif de la communication et non celui de la coercition.
- La qualité qui allie généralement la solidité et un matériau noble pour une sécurité maximale.
- L'ajustement à la taille car le cheval associera une blessure - ou une gêne - due à l'harnachemement avec la situation du moment (un mouvement, un exercice... ou votre présence).
- L'entretien régulier car il permet de vérifier la tenue du matériel mais surtout de déceler de possibles zones de frottement avec la peau prévenant ainsi de futures blessures.

à suivre...