A CHEVAL !

Mettre le pied à l'étrier
c'est entrer dans ce monde
où les sentiers de l'écoute
et les chemins d'intentions
voyagent
vers la disponibilité
celle qui donne naissance
au dialogue des mots absents.

Bénédicte Giniaux Merci, Cheval

 

LA DISPONIBILITE.

La disponibilité qualifie l'état plus ou moins favorable du cheval pour recevoir un apprentissage.

Chez le poulain, l'apprentissage s'appelle l'éducation alors que chez l'adulte on parle plutôt d'entraînement. La distinction porte sur le stade d'avancement des liens de communication entre l'homme et le cheval: avant d'exécuter l'animal doit comprendre.

PRINCIPES DE LA COMMUNICATION AVEC LE CHEVAL.

Le langage des aides.

Qu'il s'agisse de travail en longe, à pied ou en selle, la communication passe par le «langage des aides».

Si, au stade de l'imprégnation on évite de désensibiliser les flancs du foal, c'est pour le préparer a une future action d'aide qui va intervenir très tôt avec les premières manipulations en main.

Plus tard, à cheval, le langage des aides se perpétue et, si tout va bien, s'affine.

Tous les cavaliers ont appris les différentes aides: l'action des jambes, des mains, du poids du corps, ainsi que les accessoires servant leur précision ou leur extension (stick, éperons, embouchures). La voix est une aide à part entière mais elle peut aussi venir en complément avec toutes les autres.

Le canal des aides.

A cheval, pas besoin de forcer!

Le cheval peut répondre de deux façons opposées à une indications émanant des aides: par l'obéissance ou par la résistance. Parfois, une troisième façon se manifeste, celle de la défense.

Au moment de l'éducation, le poulain ne comprend pas d'emblée un ordre nouveau: à une poussée de la main sur son flanc, il résiste et même va contre le mouvement espéré; il réagit automatiquement, il n'a pas compris, il s'agit d'une situation conflictuelle.

Maintenant si au lieu de pousser le flanc on le tapote avec une badine l'animal finit par s'écarter.

Dans ce deuxième cas, les aides ont pris le bon canal, l'animal a compris et enregistré, il s'agit d'une situation d'éducation.

Au bout de trois ou quatre répétition, le cheval s'écartera au premier léger contact, il s'agit d'une situation d'entente, communicative.

Pour réaliser la même action en selle la situation d'entente seule ne suffira pas, il faudra qu'en plus le couple (cheval-cavalier) soit dans une attitude qui n'entrave pas le mouvement et qui même le favorise.

Le musculaire et le sensoriel.

Le cheval possède une musculature superficielle jouant un rôle mécanique et une musculature plus profonde très sensitive (cybernétique); de l'action combinée et harmonieuse de leurs fonctions découle une gestuelle idéale avec un animal dit «à l'écoute» ou «perméable».

En cas de stress, de maladie ou de fatigue le côté musculaire peut prendre le pas sur le sensoriel. Suivant le cas on constate des maladresses ou des hésitations ainsi que le retour de schémas moteurs innés (résistance, fuite, immobilité); l'animal est «non disponible».

SEUILS

En situation naturelle, le déclenchement des réactions de défenses (fuite, etc.) s'effectue occasionnellement et uniquement lors de la détection du danger.

En situation d'éducation bien gérée, le protectorat humain repousse et atténue l'apparition de ces comportements indésirables.

En situation d'éducation conflictuelle, le cheval, en état de stress réagit uniquement de façon innée: le seuil de déclenchement des défenses est très bas.

L'APPRENTISSAGE DES GESTES NOUVEAUX.

La sensibilité du poulain.

Si l'on n'y prend pas garde, la sensibilité accrue d'un poulain peut desservir l'apprentissage. Son hyper réceptivité et sa capacité tonique favorisent l'installation de comportements indésirables très difficiles à faire oublier par la suite (conditionnement éclair). Les cas les plus fréquemment rencontrés: le refus d'embarquer, le fait de tirer au renard, le démarrage soudain lors du montoir. Ces comportements surviennent toujours à la suite d'une première tentative ratée à cause d'une mauvaise préparation.

Anticipation des problèmes.

La préparation du terrain de l'apprentissage tient compte de deux objectifs: la prévention des problèmes et la facilitation du mouvement. Concernant la prévention il est préférables de se poser quelques questions importantes avant d'agir, une sorte de passage en revue intéressant aussi bien l'état du matériel que la fonctionnalité des installations ou les moyens humains à disposition. Cet examen préalable est indispensable avant toute action d'éducation.

Facilitation du mouvement.

La facilitation du mouvement revient à induire le geste au lieu de le forcer. Cette technique est très utile tant que la compréhension des aides n'est pas acquise ou pour exercer un certain contrôle lors du travail en liberté. Les exemples d'application les plus usités sont les barres en X et celles dites d'appel pour faciliter l'éducation au franchissement d'obstacles, la matérialisation du point central pour le travail en cercle, le fait de s'aider du pare-botte ou des angles lors des exercices en manège ou encore l'utilisation des différents types de terrains rencontrés en extérieur.

LA DIMENSION PHYSIQUE.

L'équitation est une activité physiquement exigeante et beaucoup de déboires découlent de la non prise en compte de cet aspect. Bien sûr, n'importe qui peut enfourcher un cheval placide et effectuer 1h de promenade mais le résultat n'ira pas plus loin que la découverte de la nature sur un moyen de transport original. Pour ceux qui ont envie d'aller plus loin afin acquérir la maîtrise et l'indépendance équestre il leur faut savoir que l'investissement réclamé est double par rapport aux autres activités sportives ou de loisirs: sa propre préparation + celle de sa monture.

La préparation du cavalier.

 

En pratique, la formation du cavalier débutant commence par la mise en selle. Autrefois cet apprentissage était très poussé, aussi l'appelait-on souvent «la séance de tape-cul» ce qui était vrai pour beaucoup d'adultes qui ne comprenaient pas cette méthode et encore moins le ton autoritaire du moniteur. Aujourd'hui la mise en selle est pratiquement inexistante ou a perdu l'essentiel de sa substance.

Il ne suffit pas seulement de tenir à cheval mais il faut aussi ressentir et répondre. Hormis l'équilibre (qui vient avec la confiance) le cavalier doit posséder «la position». Ce terme (comme celui d'équilibre) décrit malheureusement assez mal sa fonction car il évoque une attitude figée alors que c'est tout le contraire qu'il faut concevoir: un état dynamique permanent ou l'ensemble du corps est mis à contribution.

La mise en selle donc, constitue une première étape destinée à pourvoir le cavalier d'un bon liant avec sa monture au trois allures. Elle s'accompagne de mouvements spécifiques visant le contrôle indépendant des futures aides. En effet, il est préférable que le débutant n'ai pas encore à s'occuper de diriger sa monture, il n'en a pas les moyens et son cheval, tout comme lui, ne recevrai pas les bonnes sensations. On comprend pourquoi les bons établissements utilisent un cheval de voltige en cercle pour initier leurs débutants, c'est un moyen parfaitement adapté à la situation.

La seconde étape vise un apprentissage des aides aussi précis que possible, aussi nécessite-t-elle une monture très bien formée à cet usage c'est à dire calme et morphologiquement bien équilibrée.

A partir de cette base le principe éducatif est très simple à appliquer, à condition toutefois de choisir le bon terrain d'évolution: l'extérieur. Les exercices y trouvent une autre dimension et revêtent de ce fait un caractère motivant que la plupart des débutants ne sauraient trouver dans les limites d'un rectangle sableux. L'attention tout d'abord, est stimulée, en partie grâce à la variation des situations, mais aussi parce que l'action d'équitation doit sans cesse s'adapter au lieu. Ensuite, l'espace d'évolution qui est facteur d'entrain libère très vite les jambes du cavalier pour d'autres fonctions que l'impulsion. Enfin, l'environnement propose des tracés tangibles et souvent matérialisés fournissant au cavalier des repères précieux.

Passée cette étape, le débutant n'en est presque plus un: il est stable et capable d'adapter dynamiquement sa position sans trop parasiter ses aides. Le moment est venu pour lui de transposer son expérience vers le cadre à la fois plus strict et plus exigeant d'un espace d'exercice clos et réduit.

La carrière (ou le manège) est le gymnase d'entraînement du couple. Les évolutions y sont codifiées et les progrès tout comme les erreurs y sont bien visibles. Le cavalier débutant va devoir y corriger sa latéralité (et très vite celle de son cheval), parfaire sa position et apprendre la maîtrise des ressorts équestres. Cette phase, décisive, ne saurait s'accomplir sérieusement sans l'appui d'une monture de qualité ayant un bon métier.

La préparation d'une monture.

 

Il était indispensable de parler auparavant de la formation minimale du cavalier avant d'aborder celle du cheval car ce dernier va devenir le reflet de l'action humaine dans ses moindres parcelles; autant donc démarrer juste.

Tout entraînement physique efficace passe par des moments désagréables: les contraintes exercées sur le corps provoquent douleurs et fatigue alors que l'astreinte liée à la nécessaire répétition des exercices a souvent pour effet d'entamer le moral. L'humain sait combattre et surmonter ces sensations grâce à sa volonté mais aussi parce qu'il fait intervenir la notion de but, d'objectif à atteindre.

Il n'en va pas de même pour le cheval qui ne conçoit aucune finalité à supporter ces désagréments; dés lors il faut s'attendre à quelques réactions de résistance assez légitimes.

Voici une façon d'agir pour faire passer le problème en douceur :

Plus l'entraînement commence jeune mieux il est accepté et efficace.

Respecter une progression suffisamment étalée dans le temps (plusieurs années!).

Si un enrênement est employé, prévoyez un temps d'accoutumance. N'hésitez pas à le faire modifier pour qu'il soit bien à la taille du cheval.

Respectez un bon échauffement avant la séance.

Le temps de travail effectif ne doit pas être trop long.

Récompensez et effectuez de bon soins de récupération après l'effort.

A propos de la récompense :

Il est inutile et même déconseillé de récompenser les mêmes progrès au fil du temps. La récompense n'est là que pour amorcer la motivation de l'animal; le simple plaisir d'un exercice physique maîtrisé la remplace naturellement peu à peu. A l'image d'un athlète humain le cheval devient vite «accroc» à l'exercice si ce dernier lui procure au bout du compte une sensation de bien-être.

AVANT LE MONTOIR

Pour le cheval, le moment du montoir ne doit représenter rien d'autre que la présence d'un humain familier sur son dos. Durant les deux années qui ont précédées il a été préparé dans le but de répondre favorablement à cette charge : sa relation avec l'homme ne lui fait pas apparaître ce dernier comme un danger, il a une totale confiance dans le harnachement, et il n'est pas physiquement perturbé par le poids du cavalier.

LE DOS.

 


La flexion d'encolure et l'effort d'engagement sollicite la musculature abdominale
impliquée dans le soutient du dos.

«Il faut lui muscler le dos!» Ce conseil est à la fois juste et faux. Il est juste car il rend bien compte de la nécessité de renforcer la ligne de dessus et il est faux car la musculature dorsale n'est pour rien dans ce renforcement. Le schéma ci-après illustre mieux que tous les commentaires cette réalité en même temps qu'il démontre qu'une autre confusion est souvent faite lorsqu'on parle d'extension d'encolure.

Les membres

Ce n'est pas la même affaire que de gérer une charge en étant immobile et de la gérer en se déplaçant; la locomotion du cheval est aussi mise à contribution d'une façon différente en la présence du cavalier.

Dans le sens longitudinal, le problème est en partie résolu si le dos a été bien préparé puisque un bon engagement des postérieurs sous la masse est nécessairement présent. Il en va tout autrement pour les antérieurs (les épaules) qui auront tendance à se figer du fait de la surcharge et par conséquent à gêner les déplacements latéraux (adduction et abduction). Il faut voir deux avantages à travailler la mobilité des épaules avant la montoir : l'animal sera déjà préparé pour un exercice qui lui sera tout le temps demandé lors des échauffements en selle (ex: huit de chiffre en rênes contraires) et sa musculature dorsale sera correctement sollicitée dans le but d'alléger l'avant-main (le premier pas dans la recherche d'équilibre).

C'est bien entendu par le travail à pied, en main ou aux longues rênes, qu'est réalisé ce travail, toujours dans le mouvement en avant.

L'encolure.

La position de l'encolure est primordiale mais elle n'est pas à considérer en tant qu'unité à part car elle fait partie du dos (le rachis). Le port d'encolure d'un cheval bien mis est le résultat d'un travail d'ensemble; il se met en place automatiquement et il ne faut surtout pas le rechercher d'emblée. Cela vaut aussi pour le ramener de la tête (la flexion de la nuque) dont on peut d'ailleurs parfaitement se passer par la suite si le cheval n'y est pas morphologiquement adapté ou si sa discipline ne le réclame pas (l'équitation sportive, l'équitation américaine, la pratique de l'extérieur, autant de pratiques où les montures doivent être tendues tout en conservant une grande mobilité de l'ensemble tête-encolure.). A partir de cela on comprend que la plupart des enrênements de travail ne servent pas à figer (le moule!) définitivement l'encolure; ils la positionnent de façon variable pour conditionner le travail du reste du corps. Il existe des enrênements qui servent à entraîner hors la selle des chevaux déjà parfaitement mis. On constate que ces appareillages habillent complètement l'animal et agissent aussi sur l'arrière-main; dans ces conditions, il permettent le travail en place.

Ici aussi le travail à pied, à la longe, aux longues rênes est tour à tour demandé pour mobiliser longitudinalement ou latéralement l'encolure.

COMMENT PROCEDER.

Il apparaît clairement que la formation du jeune cheval avant le montoir se doit d'avoir atteint un stade très avancé. Ce stade, et non l'âge du cheval, décide du moment du premier cavalier; même s'il intervient après cinq années le temps n'aura pas été perdu, bien au contraire. Cet apprentissage poussé, on l'a dit, permet une bonne réponse physique du dos au poids du cavalier mais il possède aussi un autre avantage, celui de prévenir de futurs problèmes de bouche et leur cortège de conséquences.

S'il est aisé de concevoir un méthode séduisante, il est en revanche moins facile de l'appliquer à la lettre sur le terrain. Toute les difficultés ordinairement rencontrées en équitation sont issues de la non coopération du cheval. N'importe qu'elle école équestre, si bonne soit-elle, sera rapidement faussée, dénaturée, si on force le cheval contre sa nature. C'est ce qui se passe la plupart du temps; les exemples louables de réussites ne pèsent rien en regard des milliers de ratages au bout du compte abattus, inavoués, dissimulés, reconvertis, passés sous silence ou tout simplement irregardables. Cette coopération de l'animal, il est aujourd'hui possible de l'obtenir sans posséder de don pour cela (être un Maître), les récentes sciences du comportement montrent la voie à suivre. Sur ce site cette voie est abordée dans la partie «une nouvelle relation» qu'il est indispensable de bien comprendre. Rappelons-en les éléments essentiels: base d'élevage, techniques de rapprochement, interventions dés le plus jeune âge.

A SUIVRE...

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