UNE NOUVELLE RELATION

"- Avez-vous vu la taille splendide et la bonté de son oeil, Ralph? C'est un cheval doux, de bonne disposition.
- C'est absurde, dit Ralph d'un air moqueur, c'est un vieux diable de cheval, vicieux comme pas un."

J. Hawkes Autobiographie d'un cheval.

 

 

les techniques de rapprochement


QUE PEUT-ON RECHERCHER?

Le rêve de tout cavalier un tant soit peu assidu est de posséder un cheval et, beaucoup plus secrètement, de l'éduquer à sa façon.

Ce désir est en relation directe avec l'image du cheval médiatisé, c'est à dire soumis et toujours beau.

La réalité est différente car l'être tant désiré se révèle en fait indépendant (de l'homme), complexe, délicat, remuant parfois ou apathique, et plutôt terne au fil des jours quand le pansage devient lassant.

Dans son ensemble, le cheval facile n'existe pas, mais cette vérité est heureuse car elle réserve aux seuls passionnés la joie d'aboutir en même tant qu'elle constitue une motivation puissante. Hé oui, tout cavalier est persuadé qu'il saura agir mieux que les autres; quand la difficulté survient, il trouve en général d'excellents arguments qui ne remettent pas en cause sa façon de procéder!

 

QUI A RAISON?

Il est d'abord nécessaire de s'entendre sur ce que l'on peut qualifier de résultat satisfaisant.

Pour la plupart, le cheval idéal est celui avec lequel on se sent confiance dans la plupart des situations quotidiennes, qu'on soit en selle, à pied, à l'extérieur, en manège, à l'écurie, en transport, au pansage... bref, partout.

Il faut ensuite que ce cheval soit une monture aboutie, autrement dit correctement gymnastiquée, agréable et sûre aux trois allures, réceptive aux aides.

Bien sûr, laissons de coté la performance sportive; elle ne rentre en compte qu'à un stade bien ultérieur

Voici donc ce cheval idéal; quiconque le possède peut-être fier et mérite d'être entendu pour ce qui est de la façon dont il s'y est pris.

Ce cas de figure est assez rare et pour dire vrai il découle souvent de l'achat d'un animal aux qualités naturelles favorisantes.

L'intérêt réside donc dans la mise en place d'un processus d'éducation qui offre à la majorité des chevaux les meilleures chances d'adaptation au monde humain et à l'équitation.

Attention cependant, il s'agit ici de la majorité des chevaux à venir car il est impératif d'intervenir dés le plus jeune âge.

 

ELEVAGE ET ENTRAÎNEMENT

Posséder un cheval (quel que soit son âge) c'est avant tout l'élever.

Curieusement, dans l'esprit équestre actuel, la notion d'élevage n'est sensée intervenir qu'à partir de la naissance jusqu'au débourrage. Après, le cheval s'élève tout seul?!

Soyons logique: tout propriétaire, club hippique, cavalier de compétition, randonneur, pensionneur... est éleveur de chevaux. Celui chez qui naît le poulain est l'éleveur-naisseur.

Il en va de même pour «l'entraînement», ce terme revêt ici son sens véritable et non celui qu'on pourrait qualifier d'administratif.

Il était important d'établir cette distinction afin de mettre en évidence l'étendue de qualification ou de savoir-faire indispensable pour toute entreprise avec un cheval.

Principes relatifs à un élevage correct.

Bien que depuis fort longtemps très proche de l'homme, le cheval reste assez bien adapté à l'environnement naturel. Même si la domestication a pour effet d'orienter artificiellement sa sélection, le cheval a conservé une bonne partie de sa rusticité. Cette rusticité varie suivant la race et est directement en rapport avec les conditions d'existence dans son biotope d'origine. Ainsi, la résistance à la déshydratation des races nord-africaines a pu à nouveau s'exprimer lors de l'apparition assez récente des courses d'endurance; cela revient à dire qu'un caractère distinctif peut rester latent pendant plusieurs générations et ressurgir si le besoin s'en fait sentir. Cet exemple nous enseigne une des fonctions importantes de l'élevage qui est de «révéler l'animal».

Mais l'élevage consiste en priorité à construire et à maintenir une saine intégrité physiologique pour l'animal.

Les conditions de vie idéales du cheval sont connues dans leurs grandes lignes (besoin d'espace, besoin de compagnie, besoin de brouter, nécessité de vacciner, de nourrir correctement, de vermifuger, de parer les pieds...). Certaines de ces conditions sont incontournables et d'autres peuvent être dispensées sous plusieurs formes, le principal étant de savoir que l'animal n'est pas en manque de l'une d'elle. Si cela était le cas, il faudrait régler le problème avant d'entreprendre l'éducation.

Principes relatifs à un entraînement correct.

Dans un premier temps, l'entraînement du cheval de selle a pour but de le préparer à recevoir le cavalier. Comme pour l'humain, cette formation physique doit être bien dirigée et pratiquée très régulièrement, mais il faut en plus apprendre l'animal à supporter l'astreinte des exercices (la volonté dans l'effort). C'est à ce stade que débute réellement un style particulier de relation entre l'homme et l'animal, c'est également ici que surgissent différents écueils si l'un et l'autre n'ont pas appris à tenir leur rôle. Bien entendu il incombe à l'homme de régir tout cela.

DEFINITION D'UNE LIGNE RELATIONNELLE ENTRE L'HOMME ET LE CHEVAL.

 

Les deux penchants de l'homme.

L'humain, seul démarcheur pour la recherche du contact avec le cheval, obéit à un but, avoué ou inavoué. Briller en compétition, former un cheval suivant son idée, découvrir la nature, représentent autant d'exemples d'objectifs légitimes.

En observant un tant soit peu le monde équestre, on finit par classer les cavaliers suivant deux principales tendances: la première agit par voie de contrainte envers l'animal et la deuxième est plutôt sentimentale.

Ces deux penchants sont en réalité présents à des degrés divers chez tous les cavaliers. Ils constituent les pôles entre lesquels varie la relation avec l'animal; on remarquera que ce type de rapport se trouve confirmé dans l'usage de la «récompense-punition».

Une critique du penchant coercitif.

Il faut en premier se référer à la littérature équestre pour comprendre ce qui amène tant de cavaliers à affronter physiquement leur monture. La démarche communicative y est souvent basée sur une action purement mécanique des aides. Même si parfois l'auteur s'en défend il doit en passer obligatoirement par un vocabulaire usuel explicite. Ainsi, le terme «le ramener» (qualifiant une flexion cervicale haute), celui de «céder», ou encore «résister», «tirer», «plier», etc., évoquent l'idée d'une lutte entre l'homme et le cheval.

La plupart des chevaux se soumettent plus ou moins rapidement et facilement, mais la valeur du résultat est en mettre en rapport avec le style de disciplines. Parmi ces dernières, ce sont celles utilisant l'animal dans une locomotion simple qui tirent le meilleur profit de la méthode; en effet, il est assez aisé d'amener un cheval à courir droit devant lui, ce qui revient à le conditionner pour un comportement déjà naturellement très présent.

Cet exemple démontre que plus l'exercice d'équitation réclame un bagage cognitif étendu, moins l'attitude de coercition est adéquate. En effet, comme il sera vu plus loin, les situations conflictuelles provoquent l'expression des schémas locomoteurs innés inhibant les facultés d'apprentissage (l'animal, stressé, est incapable d'apprendre).

Une critique du penchant sentimentaliste.

Cette tendance emprunte, en quelque sorte, un chemin opposé à la précédente: le cavalier espère que l'animal se montrera redevable d'un traitement de choix à son encontre.

On s'aperçoit dans ce cas-là que le résultat n'est absolument pas à la hauteur des espérances:

on court le risque de gâter le cheval (il devient capricieux).

sa réelle condition physique est masquée par un aspect général flatteur (poil luisant, formes arrondies, toilettage accru...).

Les influences positives et négatives.
Les solutions.

 

La nature n'a pas prévu un tel rapprochement entre l'homme et le cheval; chacun d'eux possède les éléments prédisposant au succès aussi bien que ceux pouvant conduire à l'échec.

Si l'homme fait preuve de persévérance et de réflexion, il aura tôt fait de profiter des qualités naturelles du cheval: sa réceptivité, ses capacités d'apprentissage, ses aptitudes physiques.

A l'inverse l'ignorance, amenant une démarche éducative incohérente, est la source de la plupart des échec, alors que le cheval, lui, est victime de certains traits de sa nature profonde contre lesquels il ne peut lutter.

Très récemment les recherches éthologiques appliquées au cheval ont mis en évidence l'erreur qui consiste à vouloir contrer son comportement de fuite naturel. Cette méthode (empirique) est à l'origine d'une lutte stérile qui engendre de multiples problèmes dans tous les contextes de l'activité équestre (élevage, soins, équitation, transports). Ce combat, destiné a contenir ou a canaliser le stress de l'animal, peut-être facilement évité grâce à une imprégnation comportementale dirigée au stade foal.

Cette méthode n'est pas encore prise au sérieux en France; il faut dire qu'elle met en lumière les impasses vers lesquelles nous mènent des agissements traditionnels encore majoritaires. De quoi s'agit-il au juste?

L'imprégnation comportementale.

L'imprégnation est un mécanisme d'apprentissage naturel plus ou moins durable (de quelques heures à quelques jours) servant à établir un lien de relation permanent entre deux individus de même espèce. C'est évidemment le nouveau-né qui est concerné, il reçoit ainsi les informations primordiales pour reconnaître sa mère, et, pour certaines espèces, également celles servant (à l'âge adulte) à la reconnaissance du partenaire sexuel.

Dans le cas du cheval on profite de l'imprégnation pour que le poulain intègre un double lien: celui avec sa mère (et par extension avec son espèce) et celui avec l'homme.

Sensibilisation, désensibilisation.

Outre le phénomène d'empreinte, la période postnatale semble favoriser un autre type d'apprentissage rapide et d'effet durable pendant lequel le poulain est sensibilisé ou désensibilisé à certain stimuli issus de l'environnement. A ce moment là, le foal a tendance à calquer son comportement sur celui de sa mère.


Pour l'homme, il s'agit aussi d'une période très intéressante à exploiter afin de familiariser le poulain avec différentes sensations risquant de poser problèmes ultérieurement:

les situations de contentions (attache, transport)

les situations de soins (palpations, prise de température, vaccinations, vermifugeage...)

présence de certaines odeurs, de certains bruits

les situations environnementales particulières (milieu urbain, milieu de spectacle)

En pratique, l'imprégnation et la désensibilisation consistent en des manipulations régulières, très précises et un peu délicates. Mal effectuées elles peuvent aboutir au résultats contraire, celui de rendre le poulain craintif (sensibilisation).

Il est possible de désensibiliser des poulains plus âgés mais les résultats sont de moins en moins probants au fil du temps.

Récompense et désapprobation.

La récompense que constitue une gourmandise procure un plaisir gustatif au cheval; elle intervient après un acte qui est jugé bien fait. L'homme espère que, par la suite, le cheval recherchera le même chemin gestuel ou comportemental qui l'a précédemment conduit à cette récompense. La gratification devient alors l'objectif de l'animal et l'éducateur peut en tirer profit de deux façons:

la fois suivante, il récompense le même geste et le transforme en action conditionnée. Par la suite, il demandera au cheval d'enchaîner une suite de gestes avant de donner la récompense.

il sollicite l'animal une deuxième fois pour le même geste mais amélioré (plus abouti); il donne la récompense dés qu'il y a un progrès, quel qu'il soit.

On constate dans la deuxième façon de procéder une évolution intéressante dans l'utilisation de la récompense: en effet, le cheval est amené à modifier de lui-même son geste s'il veut parvenir à ses fins, de plus il s'habitue à une certaine astreinte (le soutient de l'effort) nécessaire à son évolution physique.

Au fur et à mesure des progrès confirmés les récompenses antérieures ne doivent plus être dispensées; elles cèdent la place à un tout autre système de motivation beaucoup plus naturel issu du mouvement lui-même: la jouissance motrice.

On entend souvent parler de différents types de récompenses (autres qu'alimentaires): une pause en cours de travail, une caresse avec un ton de voix bienveillant, mettre pied à terre et dessangler, etc. Leur finalité, bien que proche, diffère par l'usage car elles sont en fait des attentions légitimes et nécessaires qui doivent obligatoirement accompagner toute activités entreprise avec le cheval. Les considérer et les employer uniquement sous forme de récompense constitue une erreur d'appréciation.

La pause, un moyen de récompenser.


La désapprobation intervient quand le cheval n'exécute pas correctement l'exercice demandé alors que tout est normalement en place pour sa réussite. Elle sert à re-mobiliser l'attention de l'animal; il s'agit en somme d'un rappel à l'ordre. Pour cela, il suffit d'élever la voix et, au besoin, d'appuyer un peu ses aides.

La punition, elle, sanctionne un acte interdit (et non mal exécuté) et intervient au moment exact de celui-ci. Attention, il doit s'agir d'une véritable faute comme le fait, tout à fait punissable, de mordre.

 

LA LIGNE RELATIONNELLE

Commentaire sur le schéma.

La base d'un élevage correct est indispensable pour disposer d'un animal mentalement serein et physiquement sain.

Le coté affectif de l'homme est ressenti par le cheval à travers un sentiment de sécurité induit par le fait qu'il se sent notre protégé au sein de l'environnement domestique.

L'autorité se manifeste par l'astreinte aux exercices éducatifs.

La dominance n'apparaît sous forme de punition qu'à l'occasion d'un méfait grave.

A SUIVRE...

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